Notre époque est une époque de monstres.
Où que nous posions le regard, les monstres envahissent notre quotidien. Et qu'est-ce que notre quotidien, sinon un univers fait avant tout de communication, d'apparence, d'information, d'images et de jeu, mais aussi de confort, de machines, d'appareils, de politique, d'opinions, d'intelligence artificielle et de cette confusion grandissante entre le réel et la fiction ?
Les monstres jalonnent l'histoire de l'humanité : guerres, holocaustes, dictatures, Tchernobyls, maltraitance et violence. Ils prennent aussi le visage de la laideur comme celui d'un talent hors du commun. Le monstre, c'est le nouveau-né difforme que l'on exposait autrefois dans un bocal de formol. Ce fut l'Homme Éléphant, mais aussi Barbe-Bleue et la femme qui tua ses enfants, qu'elle s'appelle Médée ou qu'elle soit la voisine du dessus. Au Moyen Âge, les loups étaient des monstres ; aujourd'hui, ce sont les loups-garous du cinéma. Pendant des millénaires, Satan a incarné le Mal absolu ; dans l'histoire contemporaine de l'Occident, Hitler en est devenu la figure.
Certains monstres existent ou ont existé dans la réalité ; d'autres habitent notre imaginaire, individuel ou collectif. Aujourd'hui, le monstre revêt l'omniprésence et l'omniscience fluides de l'intelligence artificielle. Et, toujours, la part monstrueuse de chacun demeure là, de part et d'autre du miroir.